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MA VIE EN FRANCE. Cahier d’exil d’une adoles­cente espa­gnole (1939–1943)

MA VIE EN FRANCE. Cahier d’exil d’une adoles­cente espa­gnole (1939–1943), de Auré­lia Moyà-Freire, Presses Univer­si­taires du Midi, Toulouse, 2017 est un des rares témoi­gnages de la Reti­rada, du passage de la fron­tière franco-espa­gnole pendant l’hi­ver 1939, de l’in­ter­ne­ment dans les camps, de l’exil, écrit par une réfu­giée civile avec le regard et le vécu spéci­fiques d’une adoles­cente.

 Auré­lia Moyà, née le 26 janvier 1925 à Arbeca dans la province cata­lane de Lleida, vient d’avoir 14 ans quand elle et sa famille traversent la fron­tière franco-espa­gnole, le 1er février 1939, par le col du Perthus venant de La Junquera dans la province de Gerona en Cata­logne. La guerre d’Es­pagne touche à sa fin, et le camp répu­bli­cain a perdu. Commence pour Auré­lia une longue péré­gri­na­tion du sud de la France jusqu’aux Vosges puis en Norman­die. Pour surmon­ter ces boule­ver­se­ments, elle a un allié, son cahier, dans lequel elle rédige, jour après jour, ce qu’elle appelle ses « mémoires ». Malgré les dépla­ce­ments inces­sants, la  nouvelle guerre, l’oc­cu­pa­tion alle­mande, le camp de concen­tra­tion, le travail à l’usine ou dans les champs, Aure­lia va écrire avec une langue qui n’est pas la sienne, le français, pour consi­gner les faits marquants de sa vie d’exi­lée en France et de celle de sa famille, de février 1939 à l’été 1943. Auré­lia a appris les rudi­ments du français en Espagne et l’a amélioré en fréquen­tant l’école primaire française, à Plan­cher-Bas, de février à juillet 1939. Son diction­naire franco-espa­gnol l’ac­com­pagne, elle a eu la présence d’es­prit de l’em­por­ter avec elle au cours de l’exode, en quit­tant Arbeca.

La famille Moyà connaît une succes­sion d’ins­tal­la­tions provi­soires, assi­gnées par le minis­tère de l’In­té­rieur qui surveille les réfu­giés espa­gnols. Puis, une fois réunie avec ses membres mascu­lins (le père d’Auré­lia, Sebas­tián et son oncle, Anto­nio), la famille  se rend, toujours en groupe (15 personnes), là où elle peut trou­ver du travail.

C’est au cours de ces étapes, en arri­vant au camp de Miel­lin (Haute-Saône), en septembre 1939, qu’Aure­lia, désœu­vrée et désem­pa­rée par ces condi­tions de vie, entre­prend de retra­cer ses péri­pé­ties depuis le passage de la fron­tière. Son récit commence donc en février 1939 à La Junquera, il conti­nue après le départ du camp de Miel­lin et s’achève, inter­rompu par le nombre de pages limité des cahiers d’éco­lier, vers la fin de 1943.

Voici les diffé­rents chapitres qui jalonnent ce cahier de « mémoires » :

  • Fran­chis­sant la fron­tière, le 1er février 1939
  • Partant vers le destin
  • Lure
  • Plan­cher-Bas
  • Quelques nouvelles, 7 février 1939
  • Invi­ta­tion
  • Où je fis connais­sance d’une honnête famille, 11 février 1939
  • Les deux foyers
  • Les nouvelles d’Es­pagne, 6 mars 1939
  • Nouvelles de nos pères, 6 avril 1939
  • Nouvelles d’Es­pagne, le 16 mai 1939
  • Nouvelle joie à l’école
  • Départ de Plan­cher-Bas
  • Miel­lin, 29 septembre 1939, la vie au camp de concen­tra­tion
  • Départ du centre de Miel­lin, 16 février 1940
  • Rencontres avec nos pères, Paris, 18 février 1940
  • Entrée à Hérou­villette, 19 février 1940
  • Un malheur
  • 30 juin 1940, la débâcle
  • Retour à Hérou­villette, 15 juillet 1940
  • Arri­vée à Sées, 2 novembre 1940
  • Doulou­reux souve­nirs, le respect du pain, Sées le 1er février 1941
  • Départ pour Le Merle­rault, 15 février 1941
  • La Chapelle. Saint-Evroult-du Bois, 24 décembre 1941, 20 juillet 1942, septembre 1942.

 À la suite de ce récit, une post­face inti­tu­lée  « Ordon­ner le chaos » analyse les cahiers d’Auré­lia, son écri­ture, sa trajec­toire et son ques­tion­ne­ment de jeune fille réfu­giée puis exilée. Ce récit nous donne accès à une expé­rience person­nelle de la rupture brutale qu’a provoquée l’exode de 1939 pour des milliers de personnes. Il nous montre aussi tous les efforts de cette jeune fille pour essayer de contrô­ler son destin, pour essayer de mettre de l’ordre et du sens dans le chaos.

Cette post­face  est rédi­gée par :

Rose Duroux, profes­seure émérite de l’Uni­ver­sité Cler­mont-Auvergne qui a consa­cré plusieurs travaux aux enfances en guerre et aux récits d’exil.

Célia Keren, maîtresse de confé­rence en histoire contem­po­raine à Sciences Po Toulouse, qui a travaillé sur les enfants réfu­giés de la guerre d’Es­pagne.

Danielle Corrado, ensei­gnante-cher­cheure à l’Uni­ver­sité Cler­mont-Auvergne au sein du CELIS.

Auré­lia Moyà-Freire est prési­dente de l’Amicale Camp de Miel­lin et vit dans les Landes. Elle a publié en 2014 une auto­bio­gra­phie en cata­lan : « Vinc d’Ar­beca. Una infan­tesa traves­sada per la guerra i l’exili », Tàrrega (Lleida), 2014

Marie Le Bihan

 

Le 25 septembre 2011, Auré­lia a assisté à l’ap­po­si­tion d’une plaque commé­mo­ra­tive à l’en­trée de camp de Miel­lin, en présence du préfet de la Haute-Saône.  « Un vœu qui lui était cher et pour lequel elle a œuvré en tant que prési­dente de l’as­so­cia­tion des anciens de Miel­lin »

Lien retraçant le dérou­le­ment de la céré­mo­nie :

http://miel­lin1939.canal­blog.com/archives/2011/09/30/22197582.html

 

Le 4 novembre 2017, la prési­dente de l’Ami­cale du camp de Miel­lin, Auré­lia Moyà Freire, a été déco­rée par Jean Ooghe, cheva­lier de la Légion d’Hon­neur, de l’in­signe de cheva­lier dans l’Ordre Natio­nal du Mérite à Sous­tons dans les Landes (J O R F numéro 0104 du 3 mai 2017).

Lien permet­tant d’as­sis­ter à la céré­mo­nie de remise de l’in­signe de cheva­lier dans l’Ordre Natio­nal du Mérite à Auré­lia :

http://miel­lin1939.canal­blog.com/archives/2017/11/26/35902701.html