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Parcours de Felicia Rafaela FERNÁNDEZ ÁLVAREZ, née à Oviedo (Asturias) le 1 décembre 1918 et décédée à l’hôpital Morvan de Brest le 17 février 2001

Felicia FERNÁNDEZ ÁLVAREZ naît le 1 décembre 1918 ou 17 décembre 1920 à OVIEDO la capitale del Principado de Asturias, cette terre de Résistance et de luttes depuis de nombreux siècles. Elle est la fille de Joaquín Fernández Rodríguez (né à Oviedo le 10 avril 1873) et de Rafaela Álvarez Fernández (née à Oviedo le 17 octobre 1880). Felicia a une sœur prénommée Rita (née à Oviedo, âgée de 33 ans en septembre 1937).

Depuis le début de la Guerre d’Espagne (1936/1939), Felicia et sa famille résident à Oviedo, ville qui tombe le 17 octobre 1936 aux mains des franquistes.  Cette famille Fernández Álvarez est-elle restée dans cette ville d’Oviedo ou non ?  Nous ne le savons pas. Mais, FRANCO  continue sa progression, il veut en finir avec le front nord de Asturias car le bastion républicain, formé par les villes de Gijón, Avilés, Ribadesella et autres ports moins importants, résiste toujours. Avec l’aide des troupes et armements de l’Allemagne nazie de Hitler et de l’Italie fasciste de Mussolini, le caudillo va lancer une grande offensive en septembre-octobre 1937 sur ces cités toujours républicaines. Les bombardements sont  quotidiens et incessants et font de nombreux blessés et de victimes. Gijón va tomber le 21 octobre 1937 aux mains des insurgés.

Pour Felicia, Rita, y sus padres Rafaela y Joaquín, il faut partir sans plus attendre par la mer car il n’y a pas d’autre possibilité.  Il s’agit donc de tenter de trouver une embarcation pour gagner les côtes françaises et surtout ne pas rencontrer sur sa route le redoutable «crucero Almirante Cervera» qui assure le blocus maritime imposé par Franco dans el mar cantábrico. Felicia et sa famille réussissent à monter, le 20 septembre 1937 à San Juan de Nieva-Avilés, sur le navire marchand britannique S S  BRAMDEM (ou BRANDEM)  qui prend la direction de PauillacTrompeloup dans le département de la Gironde où le lendemain il va accoster avec à son bord environ 1500 passagers.

La famille FERNÁNDEZ ÁLVAREZ se compose de :

  • FERNÁNDEZ  Joaquín (p. 654), 64 años, casado, Oviedo. Deducción mía : esposo de Rafaela Álvarez Fernández y padre de Rita y Felicia Fernández Álvarez
  • ÁLVAREZ FERNÁNDEZ Rafaela (p. 636), 57 años, casada, Oviedo. Con dos hijas Fernández Álvarez
  • FERNÁNDEZ ÁLVAREZ Rita (p. 654), 33 años, soltera. Oviedo. Hija de Rafaela Álvarez
  • FERNÁNDEZ ÁLVAREZ Felicia (p .654), 19 años, soltera. Oviedo. Hija de Rafaela Álvarez.

Les passagers sont alors ravitaillés en nourriture, boissons et pris en charge par les autorités préfectorales de la Gironde qui organisent, pour le lendemain ou le surlendemain, le rapatriement de tous ces réfugiés vers l’Espagne républicaine et donc Cataluña. Ils restent sur ce Vapeur britannique en attendant leur transfert par trains depuis la gare Saint-Jean de Bordeaux.  

C’est donc en Cataluña que Felicia et sa famille vont demeurer à partir de cette fin septembre 1937, alors que les combats de la Guerre d’Espagne (1936/1939) se poursuivent dans les quelques provinces encore républicaines. Mais le rouleau compresseur franquiste continue son travail pour anéantir au plus vite ces contrées qui résistent.

Le 26 janvier 1939, c’est Barcelona, la capitale catalane, qui tombe entre les griffes du dictateur. Ceci provoque la fuite vers la frontière française d’environ 500 000 civils et militaires (dont près de 250 000 combattants républicains), fuite massive entrée dans l’Histoire sous le nom de Retirada. Les civils pourront passer en France à partir de la nuit du 27 au 28 janvier 1939, après de nombreuses tergiversations du gouvernement français ; les combattants républicains, quant à eux, devront attendre le 5 février 1939. Quelques jours plus tard, le 13 février 1939, la frontière sera fermée.

Sitôt entrés en France, les civils de la Retirada, vont être rapidement éloignés de la frontière et dispersés  par train dans de nombreux départements français. Felicia et sa famille  vont certainement passer la frontière par le col du Perthus, même si dans un document daté du 24 août 1948, trouvé aux A.D. du 29, Felicia a noté qu’elle et sa famille sont entrées en France le 8 février 1939 par Perpignan.  Elle précise dans ce ce document qu’elle est couturière, que Rafaela, sa maman, est veuve (son mari et père de Rita et Felicia, en l’occurrence, Joaquín Fernández Rodríguez, est donc décédé en Cataluña). Elle ajoute aussi qu’elle ne travaille pas,  que sa sœur Rita fait des ménages et que toutes les trois résident à Loctudy dans le Finistère, au Suler.

Felicia Fernández Álvarez A. D. Finistère

Certes, Felicia, Rafaela su madre et su hermana Rita ont été réfugiées à Loctudy en 1948 mais également, auparavant en 1939 dans le 29, à Plouezoc’h. Les noms de Felicia et de Rita apparaissent dans une liste de retour vers l’Espagne dans le 2ème convoi parti de Quimper le 07/04/1939 à destination de Hendaye. Elles refusent de partir comme 4 autres réfugiés de Santander ou de la région du même nom, par contre, le nom de Rafaela, leur maman, n’est pas noté dans la liste des transferts vers l’Espagne franquiste, les risques sont trop grands car Franco n’a pas encore dit son dernier mot.

Felicia Fernández Álvarez Plouezoc’h

Ces six réfugiés sont arrivés à Plouezoc’h  peu avant le 11 février 1939 comme l’indique La Dépêche de Brest et de l’Ouest du 11 février 1939. Ils viennent de Quimper par train depuis le sud de la France, puis regagnent Morlaix par le rail et ensuite, un car les conduit à Plouezoc’h, à quelques kilomètres de Morlaix.

La Dépêche de Brest et de l’Ouest du 11 février 1939.

Après Plouezoc’h, Felicia, Rita et Rafaela élisent domicile au Suler en Loctudy (29). Felicia est couturière chez Madame Veuve Marie-Jeanne Larnicol au Suler en Loctudy. Mais aux archives départementales de Quimper, si il existe des documents sur Felicia jusqu’en mars 1949, il n’y a aucun justificatif à propos de Rita et Rafaela concernant les étapes suivantes de leur parcours. Sont-elles restées dans le 29 ou ont-elles regagné Oviedo, nous ne le savons pas ?

Quelques documents glanés aux A.D. 29 sur Felicia Rafaela Fernández Álvarez :

Felicia est restée dans le Finistère et certainement à Brest car elle était domiciliée à la Résidence Delcourt Ponchelet, 55 rue Jules Guesde, elle était célibataire et retraitée. Felicia Rafaela Fernández Álvarez est décédée le 17 février 2001 à l’hôpital Morvan de Brest, 5, avenue Foch, loin de sa terre asturienne.

Sources: Archivo Histórico de Euskadi ; Archives départementales du Finistère ; Ville de Brest : Service de l’État-Civil.

Claudine Allende Santa Cruz

Le 11 avril 2021