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14 AVRIL 1931… 90 ANS APRÈS

Le 14 avril 1931 est proclamée en Espagne la « Seconde République espagnole ». Une première république l’avait précédée au cours du siècle précédent mais elle avait eu une vie très éphémère de moins de deux ans.

Au cours des trois premières années de cette nouvelle République, vont être apportées à l’Espagne de très sensibles transformations. 

 La République débutante va travailler d’abord à l’adoption d’une nouvelle constitution. Cette dernière est votée le 9 décembre 1931. En voici les trois premiers articles :

Article 1. L’Espagne est une République démocratique de travailleurs de toutes classes, qui s’organise  en régime de Liberté et de Justice.

Article 2. Tous les Espagnols sont égaux devant la loi.

Article 3. L’Espagne n’a pas de religion officielle.

Ces articles mettent clairement en évidence que la République a, du pays, une vision très différente qu’en avait la Monarchie.

Jusqu’en fin 1933, le Parlement et le Gouvernement vont travailler sur de nombreuses réformes. Une attention particulière est portée aux droits des travailleurs avec la réduction à 8 heures de la journée de travail, ce qui est un acquis considérable, et l’accès à la Sécurité sociale. Le droit de vote est accordé aux femmes. Développer l’enseignement public et laïc devient une priorité et le gouvernement décide de faire construire 7 000 écoles et d’augmenter de 30 % le traitement des instituteurs. Une forte autonomie est accordée à la Galice, au Pays basque et à la Catalogne. Un point pose cependant problème, celui de la réforme agraire. La République a la volonté de donner la terre à ceux qui la travaillent, ce qui est loin d’être alors le cas, mais cette volonté va se heurter à de nombreuses difficultés et, si des projets sont votés, cette lenteur va provoquer de nombreux mécontentements.

Les choses vont basculer le 19 novembre 1933. Se déroulent ce jour-là des élections législatives en vue de renouveler le Parlement, et triomphe, d’une manière qui peut paraître surprenante, la droite espagnole, la CEDA, Confederación Española de Derechas Autónomas. Les réformes réalisées n’ont pas plu à tous et certains, à gauche, se sont abstenus car ils trouvent que la réforme agraire n’a pas avancé aussi vite qu’ils l’avaient souhaité.

L’Espagne va alors connaître deux années difficiles connues depuis dans l’Histoire espagnole sous le nom de Bienio negro, « Les deux années noires ». Le projet de réforme agraire est suspendu, plusieurs grèves générales et de nombreux attentats vont toucher le pays. Des incidents extrêmement graves qui feront de l’ordre de 2 000 morts et 10 000 blessés vont se dérouler en octobre 1934 en Asturies.

Pour essayer de retrouver une certaine stabilité, il est alors décidé de dissoudre une nouvelle fois le Parlement et de procéder à de nouvelles élections législatives. Ces élections, qui se déroulent le 16 février 1936, voient cette fois la victoire de la Gauche avec l’arrivée au pouvoir du , sensiblement équivalent au Front populaire qui sera élu en France quelques mois plus tard.

Pour l’armée espagnole, irritée depuis longtemps par la tournure des évènements, cette arrivée au pouvoir de forces de gauche est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Des militaires, menés par plusieurs généraux dont le général Franco, vont se soulever contre cette République, d’abord au Maroc espagnol le 17 juillet 1936 puis dès le lendemain sur le territoire même de l’Espagne continentale. Si l’on considère qu’un coup d’État est fait pour que le pouvoir change de main en quelques heures, alors il faut admettre que celui-ci est un échec. Il réussit cependant partiellement car certaines parties du territoire vont soutenir immédiatement les rebelles. Dès lors, l’Espagne en tant que telle ne va plus exister durant un conflit qui va durer près de trois ans. Vont coexister à tout moment deux Espagne, l’une républicaine, l’autre franquiste, les frontières entre les deux variant constamment au gré des combats. Si la France et  l’Angleterre adoptent durant tout le conflit une politique de non-intervention, ne soutenant officiellement ni un camp, ni l’autre, plusieurs autres pays européens vont clairement intervenir. L’Allemagne d’Hitler, l’Italie de Mussolini et le Portugal de Salazar prennent fait et cause pour les rebelles. L’Allemagne et l’Italie vont faire parvenir en Espagne de nombreux hommes et du matériel de guerre performant, notamment des avions ; le Portugal va permettre que ce matériel arrive dans un de ses ports avant de le transférer ensuite en Espagne. À l’inverse, l’Union soviétique accorde un soutien de même nature aux Républicains. Ceux-ci reçoivent aussi le renfort des Brigades internationales formées de volontaires de différents pays et l’aide du Mexique qui, quant à lui, va fournir des fusils Mauser, des cartouches et de la nourriture.

Cette guerre va se terminer le 1er avril 1939 par la victoire des Franquistes. Le dernier communiqué de guerre qu’ils publient ce jour-là pour annoncer leur victoire en dit long sur ce qui attend les vaincus. La date y est mise deux fois, de manière très méprisante pour eux (voir ci-après).

Parte de guerra
« Communiqué officiel de guerre du 1er avril 1939, 3e Année Triomphale. Au jour d’aujourd’hui, l’Armée rouge capturée et désarmée, les troupes Nationales ont atteint leurs ultimes objectifs. LA GUERRE EST TERMINÉE. Burgos, 1er avril 1939, Année de la Victoire ».

 

La Seconde République espagnole a cessé de vivre. Certains exultent. Le jour-même, Pie XII, très récemment élu pape, adresse à Franco le télégramme suivant : «  Élevant notre cœur vers le Seigneur, nous adressons nos sincères remerciements à Votre Excellence pour la victoire de l’Espagne catholique. Nous formons des vœux pour que votre très cher pays reprenne avec une vigueur nouvelle ses antiques traditions chrétiennes qui lui ont donné tant de grandeur. C’est animé par ses sentiments que Nous adressons à Votre Excellence et à tout le noble peuple espagnol Notre bénédiction apostolique.»

 Nul ne peut imaginer alors ce jour-là que l’Espagne s’enfonce dans une terrible dictature qui va durer un peu plus de 36 ans, ne prenant fin que lors du décès de Franco, le 20 novembre 1975.