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Renaldo Fernández Calvo, membre de MERE 29, publie l’histoire de sa famille

C’est avec plaisir que nous avons appris la récente parution du livre “Migrations, exil et valeurs humaines d’une famille asturienne qui vécut la guerre civile espagnole”. Ce livre raconte la vie en Espagne puis l’exil, en France et à Cuba, de Belarmina Estrada Estrada et de ses nombreux descendants. Belarmina, née en 1881 et veuve très jeune, a vécu la Retirada avec huit de ses enfants dont quatre encore mineurs. Le premier camp où elle et les siens vont être hébergés en France est  celui de Plouhinec (Finistère) où ils arrivent dès le 1er février 1939.

Ce livre, dont deux versions existent, l’une en français, l’autre en espagnol, a été co-écrit par Ileana Celina Peláez Abellán et Renaldo Fernández Calvo. De nationalités cubaine et espagnole, Ileana est la vice-présidente du Cercle Salaisien de La Havane et autrice d’un ouvrage écrit à l’occasion du centenaire de cette association “Attachés à la plus grande île des Antilles” (Tel-Quel, Éditions Trabe, Oviedo, 2015). De nationalités française et espagnole, Renaldo, un des petits-fils de Belarmina, vit en région parisienne. Renaldo et Ileana sont tous les deux membres de MERE-29.

 

Les deux versions, en français et en espagnol, sont en vente sur E-bay :

version française : https://www.ebay.fr/itm/203916296083

version espagnole : https://www.ebay.fr/itm/203916302530

Ce livre de témoignage très fort, qui comporte aussi de nombreux documents et de nombreuses photos de qualité, est difficile à raconter … mais, pour s’en faire une meilleure idée, en voici la préface que j’ai eu l’honneur de rédiger il y a de cela plus d’un an.

 

Préface

Lors de la lecture de ce livre, plusieurs fois m’est venue en tête une phrase prononcée par Federica Montseny. Federica Montseny, il est tout à fait possible que vous ne la connaissiez pas. Elle a été durant quelques mois, en 1937, ministre de la Santé de la Seconde République espagnole, ce qui en a fait la première femme ministre dans ce pays. Intellectuelle et anarchiste convaincue, elle a été contrainte, en 1939, à s’exiler en France car, sitôt attrapée, les Franquistes l’auraient sans aucun doute fusillée tant elle était un symbole fort de la République espagnole. Elle n’est retournée en Espagne qu’après la mort de Franco en 1975 et la fin de la dictature. Des discours qu’elle a alors prononcés, une phrase a beaucoup marqué. « Si cada refugiado español narrase simplemente lo que ha vivido, se levantaría el más extraordinario y conmovedor de los monumentos humanos. » Si chaque réfugié espagnol racontait simplement ce qu’il a vécu, s’élèverait le plus extraordinaire et émouvant des monuments humains. Sans doute exagérait-elle un peu car cela pourrait être dit, hélas, de tous les exils. Il n’en demeure pas moins que l’histoire de chaque réfugié de la Guerre d’Espagne est, à elle seule, un roman, mais un roman où, et souvent on peut le regretter, rien n’est inventé.

Ce livre raconte l’histoire de deux familles, celle de Belarmina et Ceferino d’une part, celle de Barbara et de Germán d’autre part. Deux familles asturiennes aux idées de gauche, avec de nombreux enfants, treize pour la première, dix pour la seconde, et que la Guerre d’Espagne va rapprocher car deux fils de Belarmina vont épouser deux filles de Barbara. Mais au travers du vécu de ces deux familles, ce livre raconte l’Histoire de l’Espagne et aussi un peu celle de la France. En été 1937, alors que se déroule la Bataille du Nord, tristement célèbre par les bombardements de Guernica, Belarmina, déjà veuve, et huit de ses enfants vont quitter leur pays par bateau. Ils arrivent vers Bordeaux mais la France ne souhaite pas les garder et ils vont devoir retourner en Espagne. Ils rentrent en Catalogne, toujours tenue par la République, mais début 1939, devant l’avancée des Franquistes et la chute de Barcelone, ils doivent quitter définitivement l’Espagne. C’est la Retirada … terrible retraite qui voit environ 500 000 espagnols contraints de quitter à regret leur pays pour ne pas tomber aux mains des Franquistes. Ils entrent en France. C’est, pour chacun d’eux, le début d’un exil douloureux mais qui sera adouci, dans le cas présent, par un sens de la famille et une entraide familiale tous deux exceptionnels.

Je ne saurais terminer cette préface sans dire quelques mots d’Amalio, fils aîné de Belarmina. Pour échapper à un long service militaire dans une Espagne alors empêtrée comme la France dans la guerre du Rif au Maroc, il va partir à Cuba vers 1920, à l’âge de seize ans …. Il y fera sa vie et aidera, le moment venu, la Révolution castriste. En 1963, le séjour en Algérie d’une brigade médicale cubaine dont il est membre va lui permettre un passage dans la région parisienne et lui valoir de retrouver plusieurs membres de sa famille … et même de découvrir, à près de soixante ans, les plus jeunes de ses frères et sœurs nés après son départ !

Un immense merci à Iléana et à Renaldo d’avoir écrit ce livre de témoignages qui permet de mieux comprendre l’Histoire. Ce qu’ils ont vécu, les uns et les autres, est difficile à imaginer et on comprend que le 20 novembre 1975, le jour-même du décès de Franco, ils aient bu le champagne. On aurait aimé être des leurs ce jour-là pour les écouter évoquer leurs souvenirs … mais, raconter leurs souvenirs, c’est aussi ce qu’ils font ici. Alors, bonne lecture !

Jean Sala-Pala, Président de l’association mémorielle « Mémoire de l’Exil Républicain Espagnol dans le Finistère » (MERE-29)