Apposition de 6 STOLPERSTEINE à Madrid – Distrito de Retiro, le 11 septembre 2026

Le vendredi 11 septembre 2026, en cette journée de triste mémoire, ont été apposées dans le Distrito de RETIRO à MADRID six STOLPERSTEINE, en espagnol ADOQUINES DE LA MEMORIA et en français PAVÉS DE LA MÉMOIRE.
Ces appositions de STOLPERSTEINE ont été possibles grâce à Jesús et Isabel de IB STOLPERSTEINE de Madrid qui œuvrent depuis plusieurs années afin de rendre hommage à ces déportés républicains espagnols internés dans les camps de concentration de l’Allemagne nazie de Hitler.
Jesús et Isabel ont pu compter sur la collaboration de la Junta Municipal del Distrito de Retiro à Madrid et aussi sur les familles de ces déportés sans oublier nos amis Benito BERMEJO SÁNCHEZ de Madrid et David FERRER REVULL de Sabadell.
Le déroulement des hommages a débuté par :
- le Stolperstein numéro 1 au nom de Alfonso MARTÍNEZ ROMERO [1914 Carabanchel Bajo – 2000 Aubervilliers (93)]. Il est le fils de Primitivo et Dionisia. Alfonso de son vrai nom Ildefonso Sebastián MARTÍNEZ ROMERO a participé à la Guerre d’Espagne 1936/1939 tout d’abord dans l’aviation dans la province de Murcia puis ensuite à Barcelona dans le groupe de l’aviation .

Alfonso MARTÍNEZ ROMERO durant la Guerre d’Espagne 1936-1939. Photo Ramón MARTÍNEZ - Après la Retirada de février 1939 des derniers combattants de l’Armée Républicaine, il va être interné dans divers camps de “concentration” du sud de la France et notamment à Gurs où il va être possiblement cantonné dans le quartier des aviateurs. Puis, Alfonso est transféré à Toulouse et intègre la Société DEWOITINE connue aussi sous le nom de SNCAM (Société Nationale de Constructions Aérautiques du Midi) en tant qu’ajusteur-monteur et mécanicien du 14/12/1939 au 25/06/1940. Son contrat de travail terminé, il est interné le 23/06/1940 au camp d’Argelès-sur-Mer et le quitte le 12/07/1941 pour le camp du Barcarès.
- Puis, depuis le camp du Barcarès il est transféré à Brest en tant que manœuvre pour la construction de la base sous-marine à une date inconnue mais possiblement entre fin juillet 1941 et le 06/08/1941 car, ce jour-là il est victime d’un accident du travail au chantier des Quatre Pompes de la Société BERGTCAMP à Saint-Pierre-Quilbignon. Alfonso est cantonné à partir de son arrivée à Brest au Camp de Kéroual et tous les jours il se rend à la base à pied pour travailler en tant que “travailleur forcé”. Le Docteur Rodríguez, médecin espagnol, qui constate sa blessure au pied gauche va lui accorder une incapacité de travail de douze jours.

Ensuite, Alfonso faisant partie de ces ROTSPANIER de Brest va intégrer le groupe de Résistants espagnols mais, le 28/03/1944, suite à une dénonciation, il est arrêté par la Gestapo à Brest tout comme dix autres de ses compatriotes. Le responsable du groupe de résistants espagnols “DEPORTISTAS“, Antonio GARCÍA MARTÍN ou Antonio MORENO -son nom de résistant- va être fusillé le 21/04/1944 à Penmarc’h dans le Finistère-sud. Les dix autres résistants espagnols vont connaître les interrogatoires musclés de la Gestapo, puis les prisons de Pontaniou à Brest, Jacques Cartier à Rennes, le camp de transit de Compiègne et le 18 juin 1944 ils intègrent un convoi de wagons à bestiaux en direction du camp de concentration nazi de Dachau où ils arrivent le 20 juin 1944. Ils se nomment : Lucas ALLENDE SANTA CRUZ, Santiago ALLER LLAMAS, Vicente ARGILAGA AGUER, Víctor ESCRIVÁ CHORRO, Francisco FERNÁNDEZ MIRÓ, Moisés GARCÍA CORONA (Madrid), Alfonso MARTÍNEZ ROMERO (Madrid), Antonio MUÑOZ ZAMORA, José RAMÍREZ RUIZ (Madrid) et Fernando RIU VILALTA. Ensuite, Alfonso (matricule 74215 à Dachau) va être transféré au kommando annexe de Kempten jusqu’à la libération du camp de Dachau le 29/04/1945 par les troupes alliées. Mais les déportés espagnols vont être les derniers à quitter le camp de Dachau car, n’ayant plus de patrie pour les accueillir, ils ont dû attendre plusieurs semaines avant que la France n’acceptent de les prendre en charge. Ceci explique pourquoi Alfonso n’est revenu en France que le 24/05/1945. Alfonso est resté en France et a fondé une famille dans la région parisienne. Il a demandé et obtenu la nationalité française le 12/08/1973. Puis, pour son implication dans la Résistance face à l’occupant allemand, diverses décorations lui ont été attribuées par la République française comme la Croix de Combattant Volontaire de la Résistance et il a obtenu également le titre de Déporté Résistant. Alfonso est décédé le 23/11/2000 à Aubervilliers (93) à l’âge de 86 ans.

Remarque : Ramón MARTÍNEZ domicilié dans la région parisienne est le fils de Alfonso MARTÍNEZ ROMERO. Ramón a assisté il y a quelques mois à une conférence de notre ami Jean Sala-Pala à Saint-Thurien (29).
- Le Stolperstein numéro 2 au nom de José ORTIZ JIMÉNEZ [25/01/1904 ou 25/01/1901 Linares (Jaén)-26/09/1941 Château de Hartheim] se trouve à quelques mètres de celui de Alfonso MARTÍNEZ ROMERO. Mais, José ORTIZ JIMÉNEZ fils de Juan et Angela et demeurant à Madrid, de profession chauffeur est marié à Herminia MONTEJO MONTEJO née en 1909 à Sanchón de La Sagrada (Salamanca), petite cité voisine de celle où ont demeuré les parents de Benito BERMEJO. Le couple a deux enfants José né en 1931, aujourd’hui âgé de 95 ans vivant à Madrid et Francisca, née en 1938 à Valls (Tarragona) mais à ce jour disparue.

- Durant la Guerre d’Espagne 1936/1939 José s’engage pour défendre la République légalement installée. Le 01/02/1937, il fait partie de l’Infanterie en tant que sergent mais au fur et à mesure, les provinces tombent les unes après les autres aux mains des franquistes. José, Herminia et leur fils doivent quitter Madrid, puis son épouse et le jeune José élisent domicile dans la province de Tarragona toujours sous contrôle républicain. C’est à Valls dans cette province catalane que naît Herminia en janvier 1938. Mais à la chute de Barcelona le 26/01/1939, toute la famille ORTIZ MONTEJO va connaître cette terrible RETIRADA de février 1939 où ils doivent affronter le froid, le vent, la neige avec très peu de vivres. José va possiblement être séparé de sa famille et connaître comme nombreux de ces combattants républicains espagnols un ou plusieurs camps de “concentration” du sud de la France.

Puis, de nombreux internés de ces camps du Roussillon où règnent la désolation, l’ennui, la maladie et même la mort s’incrivent dans les Compagnies de Travailleurs Espagnols -dénommées par la suite Compagnies de Travailleurs Étrangers- dès début mai 1939 afin de quitter cet enfer concentrationnaire. C’est le cas de José et de son ami de Linares comme lui, Rafael ALBA RODRÍGUEZ qui intègrent la 9ème CTE basée à Crévoux dans les Hautes-Alpes (05), puis à Ryveld dans le Nord (59) et à Oudezeele (59). Puis à la mi-juillet 1939 Rafael, José et quatre autres compatriotes de cette 9ème CTE font une demande pour partir en exil à México mais ne reçoivent pas de réponse et restent donc dans cette 9ème CTE. Ensuite, après Crévoux cette CTE se dirige vers le département du Nord et participe possiblement à La Bataille de Dunkerque (20/05/1940-03/06/1940) puisque José est capturé par les troupes du Reich le 04/06/1940 à Dunkerque. Il va connaître le stalag VIII C de Sagan jusqu’en octobre 1940 puis le stalag XII D de Trier jusqu’au 22/01/1941 (Numéro de prisonnier 35982). Puis comme de nombreux prisonniers de ces stalags, José va être transféré le 25/01/1941 au camp de Mauthausen en Autriche encore surnommé le “camp des Espagnols” où le numéro 4729 lui est attribué. En ce lieu il va retrouver son ami Rafael de Linares arrivé aussi le 25/01/1941 et portant le numéro de déporté 3242. Le 17/02/1941 il est transféré au terrible kommando annexe de Gusen (matricule 10570). Mais son état de santé ne lui permet pas de travailler et il décède le 26/09/1941 dans le centre d’euthanasie du camp de Mauthausen installé dans le château de Hartheim. José avait 37 ans. Quant à son camarade Rafael ALBA RODRÍGUEZ plus jeune que lui, il a été libéré du camp de Mauthausen le 05/05/1945 mais n’est revenu en France qu’à une date ultérieure.

Après la RETIRADA de fin janvier, début février 1939 Herminia, l’épouse de José, ses enfants José et Francisca vont prendre un train depuis la frontière franco-espagnole vers une destination inconnue et c’est dans le Finistère à Saint-Vougay qu’ils sont hébergés à partir du 8 février tout comme une famille espagnole ASO LARREY et CALDERÓ LARREY composée de huit membres. Le 21 février 1939 Pilar CALDERÓ LARREY âgée de sept mois et Francisca RUIZ MONTEJO de un an vont être baptisées dans la petite église de ce joli coin du Finistère. Ces deux familles quittent Saint-Vougay le huit avril 1939 par train et regagnent l’Espagne franquiste par Hendaye/Irún. Herminia et ses deux enfants n’ont certainement aucune nouvelle de José ORTIZ JIMÉNEZ qui doit toujours être interné dans un de ces camps de “concentration” du sud de la France.


- Pour en savoir plus : https://www.mere29.com/2023/04/16/les-11-refugies-espagnols-de-la-guerre-despagne-1936-1939-heberges-a-saint-vougay-dans-le-finistere-du-8-fevrier-au-7-avril-1939/
- Le stolperstein numéro 3 au nom de Luis GIL BLANCO (30/08/1921 Madrid-1981 ? ) est situé c/Alcalde Sainz de Baranda, n° 10. Durant la Guerre d’Espagne 1936/1939 Luis surnommé “El Peque”, le fils de Luis et Clotilde, s’engage dans le Cuerpo de Carabineros destinés à l‘Infanterie à seulement 17 ans et est membre de l’Asociación Socialista de Madrid, à l’UGT et à l’UNE. Puis lors de La RETIRADA de février 1939, il passe en France mais il n’est pas possible de préciser s’il a connu les camps de “concentration” du sud de la France en l’absence d’archives. Ensuite, il va connaître tout d’abord le stalag XI B de Fallingbostel et le quitte le 05/09/1940. Puis le 08/09/1940 il arrive au camp de MAUTHAUSEN en Autriche où il reçoit le numéro matricule 4356. Puis le quitte pour les kommandos annexes de MAUTHAUSEN que sont Leibnitz-Graz et Ebensee. Le 06/12/1943 il part de Ebensee et regagne le camp central de KLM ce même jour. Luis est libéré le 06/05/1945 à MAUTHAUSEN. Luis, de son métier artiste-peintre (pintor), est décédé en 1981 dans une ville inconnue à 59 ans.

- le Stolperstein numéro 4 au nom de Josefina MANSBERGER LEÓN se trouve Avenida Menéndez Pelayo, 43. Mais les recherches n’ont pas permis à ce jour de rencontrer des informations à son sujet.
- le Stolperstein numéro 5 au nom de Paulino MIGUEL ARROYO (19/09/1913 Madrid-05/09/1941 à Gusen, kommando annexe de MAUTHAUSEN) est placé au c/Andrés Torrejón, 3. Paulino est le fils de Martín et Concepción. Il a possiblement participé à la Guerre d’Espagne 1936/1939 car après la chute de Barcelona le 26/01/1939 Paulino va franchir la barrière pyrénéenne et être interné dans un ou plusieurs camps de “concentration” du Roussillon. Sur un document rencontré sur le site de MEMORIA MÉXICO son nom apparaît : Paulino se trouve dans le camp du Barcarès, il a 26 ans et est chauffeur mécanicien. Il est précisé sur ce justificatif qu’il pourra être transféré en Espagne par les autorités françaises. Mais ce transfert vers l’Espagne n’a pas lieu et l’on retrouve notre protagoniste dans le frontstalag 142 de Besançon dans le Doubs pour une raison inconnue où il va lui être attribué le numéro de prisonnier 142. Paulino sort de cette prison française le 10/01/1941 et est intégré sous le numéro 4882 ce même jour dans le stalag XI-A de Altengrabow en Allemagne nazie. Il en sort le 24/04/1941 pour être déporté au sinistre camp de MAUTHAUSEN en Autriche où il arrive le 26/04/1941 et où son nom et son prénom vont disparaître. Désormais il va être le numéro 3425 donné en allemand lors des divers appels qui ont lieu chaque jour. Paulino sort du camp central le 30/06/1941 et est transféré au kommando annexe de Gusen et reçoit le matricule 12878. Après un peu plus de deux mois dans cet enfer concentrationnaire de Gusen, Paulino décède le 05/09/1941 à 27 ans.

SEMPRÚN MAURA Jorge. BUCHENWALD 44904. AROLSEN Archives 7092321 - Le Stolperstein numéro 6 au nom de Jorge SEMPRÚN MAURA (10/12/1923 Madrid-07/06/2011 Paris 7°arrt) se trouve c/Alfonso XI, 12. Jorge est le fils de José María et Susana. Jorge ne participe pas à la Guerre d’Espagne 1936/1939 car trop jeune mais ses parents et la famille s’exilent en France. Lors de la Seconde Guerre mondiale Jorge s’engage dans la Résistance face à l’occupant allemand mais en septembre 1943 il est arrêté par la Gestapo à Joigny et incarcéré à la prison d’Auxerre puis au camp de transit de Royallieu à Compiègne, lieu de départ vers les camps de la mort de l’Allemagne nazie. Le jeune Jorge âgé de 20 ans et ses compagnons environ 1585 hommes quittent la gare de Compiègne le 27/01/1944 prennent la direction du camp de BUCHENWALD où il reçoit le matricule 44904. Le camp de BUCHENWALD est libéré le 11/04/1945 mais Jorge ne va revenir à Paris qu’à la fin de ce mois. JORGE SEMPRÚN MAURA a vécu en France et est très connu comme écrivain et homme politique.

- Vifs remerciements à :
- Jesús et Isabel de IB STOLPERSTEINE de Madrid, Benito BERMEJO SÁNCHEZ, David FERRER REVULL, Ramón MARTÍNEZ (fils de Alfonso MARTÍNEZ ROMERO), José ORTIZ MONTEJO (fils de José ORTIZ JIMÉNEZ) et son fils Ángel de Madrid.
- Sources :
- buscar.combatientes.es
- AD 66
- Memoria México
- Les CTE 39-40. Alban SANZ
- AM Ville de Brest
- Livre-mémorial des déportés de France arrêtés par mesure de répression et dans certains cas par mesure de persécution
- Libro memorial : españoles deportados a los campos nazis (1940-1945). BERMEJO Benito, CHECA Sandra
- Amical de MAUTHAUSEN y otros campos
- Banc de la Memoria Democràtica
- AROLSEN Archives
- SHD Caen
- SHD Vincennes
- OFPRA
Claudine Allende Santa Cruz
MERE 29, le 27/09/2026

