La necesaria Memoria: projection de « Flores bajo el hielo. Mujeres resistentes 1936-1977 » de Marco Potyomkin pendant la 37e édition du Festival de cinéma espagnol et latino-américain de Brest
Du 24 mars au 7 avril 2026, le Festival de cinéma espagnol et latino-américain de Brest célèbrera, entre autres thématiques, celle des 50 ans de “liberté” en Espagne.
Trois films concernent particulièrement le travail de mémoire: Le mur des prisonniers de José Luis Tirado, La invasió dels Bàrbars de Vicent Monsonís et Flores bajo el hielo de Marco Potyomkin.
Marco Potyomkin est licencié en Histoire contemporaine de l’Université de Zaragoza et il a étudié la direction cinématographique à la Escuela de Cinematografía y del arte visual de la Comunidad de Madrid. Il a été formé en Histoire du documentaire par José Luis Guerín à Valencia à la Fundación Autor.Obra Audiovisual. Il a été récompensé par de nombreux prix.
Depuis 2006, Marco Potyomkin utilise ses films pour donner la parole aux invisibles et éclairer des évènements que d’autres nient ou dissimulent. Avec Des fleurs sous la glace, il conclut une trilogie sur la Guerre d’Espagne et l’après-guerre, commencée par Sueños Colectivos (2011) et En la misma tierra (2020). Plus de 10 ans de travail, dit-il, « pour vous raconter la guerre et le régime franquiste comme vous ne les avez jamais entendus ».
Flores bajo el hielo. Mujeres resistentes 1936-1977 met en lumière, à travers les souvenirs de femmes anonymes et invisibles, victimes et résistantes de la Guerre d’Espagne et de la dictature franquiste, une histoire dure, réelle et cachée de l’Espagne. Une histoire collective de femmes qui ont perdu la guerre et ont été victimes de la dictature franquiste. Exilées de la péninsule ibérique, persécutées sur leurs propres terres, réduites au silence et cachées, elles sont finalement devenues invisibles aux yeux de leurs bourreaux durant la longue et sanglante période d’après-guerre d’Espagne.
Un film graphique mettant en scène exclusivement des femmes, pour lutter contre leur sous-représentation historique dûe à des raisons idéologiques, en tant que perdantes de la guerre et des raisons de genre, parce qu’elles sont des femmes. Ce manque de visibilité n’a pas ou peu disparu avec la fin de la dictature, elles sont restées dans l’ombre pendant des décennies. Le film vise à mettre en lumière les vies de ces femmes et leur contribution à la défense des valeurs démocratiques, que ce soit pendant la guerre ou sous la dictature, à réhabiliter leur mémoire.
Flores bajo el hielo, c’est à la fois l’univers de la novela gráfica avec une équipe graphique de 15 dessinateurs et celui de la novela negra qui amplifie l’intensité dramatique des témoignages. La novela negra a été inventée dans les années 1970 par les écrivains latino-américains, un genre littéraire miroir de leurs sociétés qui s’inspire des exactions commises par les dictatures de leurs pays.

Des musiques originales nous accompagnent dans ce voyage esthétique et mémoriel avec 3 créations au piano de Ana Bolea Fernández-Pujol: Flores bajo el hielo, Pájaros tristes et El vals de Marilú. Ainsi que le thème final d’hommage aux protagonistes: Arena firme composé par Pilu Velver y Erre Violet.
Les témoignages des protagonistes sont tous aussi poignants les uns que les autres mais deux de ces protagonistes ont attiré particulièrement mon attention, Pepica Celda Soler et María Sesé Sarvisé.
Pepica Celda Soler est née à Massalfassar (Valencia). En 1940, son père José Celda est condamné et exécuté devant le mur El terrer à Paterna (Valencia), tandis que sa mère purge une peine de 3 ans de prison. Pepica, orpheline, est séparée de sa sœur, chacune vivant dans sa propre famille. Elle ne va pas à l’école et doit très vite travailler pour subvenir à ses besoins. On la réduit sans cesse à l’étiquette de fille d’un homme exécuté, de fille de républicains. Pepica Celda Soler ne nous est pas inconnue: Paco Roca et Rodrigo Terrasa ont récupéré son histoire et celle de son père dans l’excellent roman graphique El abismo del olvido, publié en décembre 2023 aux éditions Astiberri.
María Sesé Sarvisé est née à Angües ( Huesca, Espagne) en 1922 et décédée à Pia (France) en 2021. Deux de ses frères sont tués dans les premiers mois comme de nombreux habitants du village. Après la chute du front d’Aragon, ce qui reste de la famille fuit à Barcelona. Début 1939, ils décident de s’exiler en France mais María et sa mère perdent le père de María à Girona , la mère et la fille traversent seules la frontière par Cerbère. Elles sont conduites en train au nord du pays, en Bretagne et sont réfugiées à Belle-Isle-en-mer. María a vécu en exil à Sainte-Valière et à Perpignan. Elle témoigne dans Souvenirs d’une exilée espagnole 1936-1975.
Flores bajo el hielo a été présenté à plusieurs festivals où il a obtenu de nombreux prix notamment le Gran Premio Salvador Allende du Festival de Valparaíso ( Chili) en 2025.
Il est soutenu par l’A.R.M.H.A., le Gouvernement d’Aragon, la Diputación de Huesca et a été présenté par Marco Potyomkin le dimanche 14 juin 2025 aux Jornadas republicanas de la Bolsa de Bielsa qui réunissaient les associations mémorielles aragonaises et transfrontalières. Un film bouleversant et puissant qui témoigne de la necesaria Memoria…

Marie Le Bihan
MERE 29
Liens :
- Flores bajo el hielo: https://floresbajoelhielo.com/
- https://www.mere29.com/2024/03/01/jai-lu-el-abismo-del-olvido-labime-de-loubli-roman-graphique-de-paco-roca-et-rodrigo-terrasa/


