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Le 24 novembre 2016, le poète MARCOS ANA, prison­nier poli­tique pendant 23 ans dans les geôles franquistes, est décédé à Madrid.

 FERNANDO MACARRO CASTILLO, plus connu sous le nom de Marcos Ana, est né le 20 janvier 1920 à Alco­nada (province de Sala­manca)

Au moment du soulè­ve­ment mili­taire de Franco et de ses acolytes, le 18 juillet 1936, Fernando est membre de « las Juven­tudes Socia­lis­tas Unifi­ca­das » (J.S.U, Jeunesses Socia­listes Unifiées). A 16 ans,  il prend les armes et se retrouve sur le front dans la Sierra de Madrid. Son jeune âge le contraint à quit­ter le champ de bataille et il retourne chez lui à Alcalá de Henares (province de Madrid). Plus tard, il entre au Parti Commu­niste Espa­gnol.

Deux ans plus tard, à 18 ans, à Madrid, il intègre l’ar­mée régu­lière de la Répu­blique, en tant que Commis­saire et Instruc­teur, un poste qu’il conserve durant toute la guerre.

A la fin de celle-ci, en mars 1939, il prend la direc­tion d’Ali­cante en  espé­rant pouvoir se sauver en embarquant sur un bateau fuyant l’Es­pagne de Franco. Il est arrêté par les troupes fascistes italiennes et connaît par la suite le camp de prison­niers  de « Los Almen­dros » et le camp de concen­tra­tion de Alba­tera à Alicante. Il réus­sit à s’éva­der et retourne à Madrid où il est une nouvelle fois arrêté.

Le régime franquiste l’ac­cuse de l’as­sas­si­nat de 3 personnes et en 1941, il est condamné à mort. En 1943, lors d’un nouveau procès, le régime confirme sa condam­na­tion. Fernando n’est fina­le­ment pas exécuté au motif que les faits qui lui sont repro­chés ont eu lieu quand il était mineur.  En 1944 sa peine est commuée en 30 ans de prison.

Son parcours carcé­ral l’amène alors à la prison de Porlier à Madrid où il parti­cipe à la créa­tion du jour­nal clan­des­tin « Juven­tud » ce qui lui vaut d’être torturé et d’éco­per  à nouveau de 30 années de prison, donc, au total 60 ans de réclu­sion. En 1944, il se trouve dans la prison de Ocaña  (province de Toledo) puis  dans celle de Alcalá de Henares  avant d’être trans­féré, en 1946, à la  prison de Burgos,  d’où il sort en 1961.

C’est à Burgos qu’il commence à lire les  auteurs  espa­gnols  « auto­ri­sés »,  comme Quevedo,  Lope de Vega ou  Calderón de la Barca.  Clan­des­ti­ne­ment,  il prend connais­sance des œuvres inter­dites de Fede­rico García Lorca, Miguel Hernán­dez ou Rafael Alberti et débute son œuvre de poésie sous le nom de Marcos Ana   (qui  sont  le prénom de son père mort lors d’un bombar­de­ment  de la légion Condor sur Alcalá de Henares en  1937 et celui de sa mère, décé­dée en 1943).

Ses poèmes finissent par sortir de prison et sont lus par beau­coup d’op­po­sants à la dicta­ture franquiste. Une campagne inter­na­tio­nale pour la libé­ra­tion  des  prison­niers poli­tiques,  dont faisaient partie Rafael Alberti et Pablo Neruda du Chili, conduit à sa libé­ra­tion le 17 novembre 1961.

Fernando prend alors le chemin de l’exil, exil qui le conduit en France, dans toute l’Eu­rope et en Amérique du Sud ; partout sa voix se fait entendre à travers de nombreuses confé­rences. Suite à la mort de Franco, il finit par rega­gner son pays. 40 ans après son retour sur la terre natale, le 24 novembre 2016, Marcos Ana décède à Madrid.

Gabrielle Garcia, ex prési­dente de MERE 29,  a rencon­tré Marcos Ana dans son appar­te­ment à Madrid, en février 2010. Elle relate cette rencontre dans son livre Pour entrer dans Grenade” (Ed Mare Nostrum, 2013). Les répu­bli­cains espa­gnols exilés en Bretagne, en parti­cu­lier ceux-entrés dans la Résis­tance sont évoqués … Compa­gnons de combat de Marcos Ana contre le fascisme durant la guerre d’Es­pagne et pour­suivi en exil au delà des Pyré­nées.

Extrait de Pour entrer dans Grenade” (lien PDF):pour-entrer-dans-grenade-extrait

POUR EN SAVOIR PLUS :

Quelques-unes de ses œuvres :

poemas-desde-la-carcel   espana-3-voces  las-soledas-del-muro  decidme  poemas-de-la-prison-y-la-vida  vale-la-pena-luchar

Poemas desde la cárcel (publié au Brésil en 1960),  España a tres voces (publié en Argen­tine en 1963), Las sole­dades del muro (1977),  Decidme cómo es un árbol (2007), Poemas de la prisión y la vida (2011), Vale la pena luchar (2013).

 

 Marcos Ana et Jorge Semprún ont témoi­gné dans le film docu­men­taire : «  Los Cami­nos de la Memo­ria » de José Luis Peña­fuerte (sortie, octobre 2009). 

los-caminos-de-la-memoria

 

Quelques hommages dans les médias :

” L’Hu­ma­nité ” du 1 décembre 2016 : Marcos Ana, mort d’un poète : http://www.huma­nite.fr/marcos-ana-mort-dun-poete-627567

Article Alejan­dro Sánchez Moreno : Hasta siempre poeta Marcos Ana : http://diario16.com/hasta-siempre-poeta-marcos-ana/

 

Clau­dine Allende Santa Cruz