En visite à la Casa de la Memoria La Sauceda à Jimena de la Frontera le mardi 29 septembre 2026

Dans le cadre du voyage d’étude de l’Association Brest Jumelages (ABJ) Cádiz-Brest du 22 au 29 septembre 2026, nous avons découvert la Casa de la Memoria  La Sauceda à Jimena de la Frontera (Cádiz), une visite passionnante et forte, guidée par Andrés Rebolledo Barreno, coordinateur des  2 associations: Asociación Casa de la Memoria La Sauceda et Foro por la Memoria del Campo de Gibraltar. Leur devise: Vérité, Justice et Réparation.

El Foro por la Memoria del Campo Gilbraltar est né en décembre 2005, fruit des efforts d’un groupe de citoyens à Algeciras (Cádiz) qui collaboraient pour la récupération de l’histoire démocratique de la région.

L’Asociación Casa de la Memoria, quant à elle, est née en 2012. Son objectif principal est de promouvoir l’étude, la connaissance et la diffusion de la Mémoire historique.

La Casa de la Memoria dispose de salles d’exposition sur 2 étages et 2 patios, d’une salle de conférence et d’archives, d’une bibliothèque impressionnante.

Elle a ouvert ses portes le 18 novembre 2016. “Un grand jour lumineux pour Jimena de la Frontera, la ville où se situe La Sauceda, pour la province de Cádiz et pour les membres du Foro por la Memoria del campo de Gibraltar et de la Asociasión de Familiares de Represaliados por el Franquismo en La Sauceda y El Marrufo. La Casa de la Memoria est une idée qui est née en 2012 pendant le travail d’exhumations de El Marrufo, domaine agricole où ont été récupérés les cadavres des 28 personnes assassinées. C’est là aussi qu’ont été emprisonnés les survivants du bombardement de La Sauceda et de l’invasion de toute la vallée réalisée par les troupes franquistes, il y a 90 ans. Miguel Rodríguez, entrepreneur de La Línea de la Concepción (Cádiz), propriétaire du Grupo Festina dont le grand-père et l’arrière-grand-père ont été fusillés à El Marrufo a été celui qui, en plus de financer les exhumations et la réhabilitation du cimetière, de La Sauceda, a fait l’acquisition de la maison en ruines. Avec son aide, elle a été rénovée, adaptée et dotée des installations nécessaires pour rendre possible notre idée: la convertir en une référence de la Mémoire historique pour toute l’Andalousie, en faire un espace vivant, actif et participatif. La convertir en un centre d’activité culturel pour le public en général mais aussi pour les historiens, les étudiants et les chercheurs. Que tous trouvent dans la Casa de la Memoria un espace utile pour la recherche, la divulgation et la réflexion sur la Mémoire historique.”

Située au centre de la Calle Sevilla, très près de l’Ayuntamiento, la Casa de la Memoria  a 3 étages et chacun d’entre eux a des espaces bien définis. L’étage du bas héberge une exposition permanente: “La Sauceda. Memorias de un genocidio en la guerra de 1936-1939“. Cette exposition comporte 28 panneaux où se mélangent photographies, illustrations et textes. Elle raconte ce qui s’est passé à La Sauceda et El Marrufo, et tout ce qui a été fait ensuite pour récupérer cette histoire et rendre hommage aux victimes. Elle explique également la guerre et la répression dans tout le territoire de Gibraltar, les camps de concentration où 30 000 républicains espagnols ont travaillé comme esclaves dans la construction des installations militaires, la guérilla anti-franquiste qui s’est achevée vers 1950.

L’exposition est complétée par des vitrines qui montrent des objets personnels des 28 personnes exhumées à El Marrufo, grâce au témoignage de survivants témoins du massacre ainsi que des balles et des projectiles, des fusils et des pistolets qui ont été utilisés pour les tuer.

La volonté didactique est claire. Toucher tous les publics. D’abord les habitants de Jimena que ce soit les enfants, les adolescents, les adultes ou les personnes âgées. Jimena a beaucoup souffert de la répression franquiste, ici il y a eu plus de 100 fusillés et beaucoup de personnes à fuir le génocide de La Sauceda. Attirer ensuite les élèves des établissements secondaires et des lycées, les étudiants des universités de toute l’Andalousie et tous ceux qui s’intéressent à la Mémoire historique, qu’ils soient chercheurs, historiens ou public ayant une conscience politique.

Preuve de cet intérêt pour la jeunesse, le 1er tome de la Colección Los cómics de la Casa de la Memoria: La Niña Pasionaria de Juan Álvarez et Jorge Gómez. Il y en aura 6, le prochain tome sortira en octobre 2026: Los caminos de los prisioneros (2)

Suivront:

La Sauceda, una utopía troncada (3)

Guerrilla antifranquista. Lucha hasta el final (4)

Depuración del magisterio. La tragedia de los maestros (5)

Matuteras y contrabandistas, una historia de supervivencia (6)

 

 

 

 

Cette exposition ne souhaite pas seulement être un voyage dans le passé: “Si nous le faisons, c’est pour, depuis le passé, illuminer le présent. Pour éclairer la vérité de ce qui s’est passé dans ce pays, mais aussi pour récupérer les idéaux pour lesquels sont morts tant de milliers de personnes innocentes. Les idéaux de fraternité et de transformation sociale que la República incarnait.”

Les 2 patios de la Casa de la Memoria abritent chacune une exposition: dans le patio de la Memoria Poética en la II República,  19 panneaux avec des poèmes de Antonio Buero Vallejo, Antonio Machado, Dámaso Alonso, Emilio Prados, Federico García Lorca, Francisco Ayala, José Bergamín, José Luis Cano, Juan Ramón Jiménez, León Felipe, Luis Cernuda, María Zambrano, Max Aub, Miguel Hernández, Miguel de Unamuno, Pablo de la Torriente Brau, Vicente Aleixandre,  Rafael Alberti et María Teresa León que nous connaissons mieux depuis la visite du Museo  Fundación Rafael Alberti à El Puerto de Santa María (Cádiz) où est né ce grand poète.

Le patio de las Matuteras y Recoveras rend hommage à toutes ces femmes qui durant l’après-guerre, ont assuré la subsistance de leurs familles par le commerce transfrontalier de contrebande de petite échelle ou matute de hormigas (contrebande de fourmis) avec Gibraltar. Elles voyageaient à pied ou en train et transportaient de petits volumes de produits de première nécessité ou de forte demande (tabac, café, sucre, thé, savon, pièces de tissu). La marchandise était cachée dans les vêtements ou les doublures et portées par petites quantités pour échapper aux contrôles et à la répression, terrible…Des Jornadas Matuteras ont été organisées à San Roque (Cádiz) en avril 2026, incluant des conférences, des témoignages, des reconstitutions historiques et la projection d’un documentaire Matuteras réalisé par José Daniel Ramos.

Nous remercions Andrés de nous avoir guidés si chaleureusement dans cette visite de la Casa de la Memoria qui donne encore plus de sens à 2 autres points forts de notre voyage à Cádiz.

Le lundi 28 septembre, l’exposition “Los campos de concentración en la provincia de Cádiz” à la Biblioteca de Humanidades (Facultad de Filosofía y Letras, Campus de Cádiz), organisée par la Cátedra de Memoria Histórica y Democrática (UCA y Diputación de Cádiz), basée sur la recherche du livre Arena Cautiva. El campo de concentración de Rota de José Marchena Domínguez, Santiago Moreno Tello y Carlos Píriz.

Le lundi 28 septembre encore, la projection du film “Atlas de la desaparición” de Manuel Correa ( 2026)  pendant le festival de ciné documentaire Alcances de Cádiz. Sujet ô combien tragique des disparitions forcées et du transfert clandestin de multitudes de corps (plus de 30 000) des fosses communes de toute l’Espagne vers El Valle de Cuelgamuros (anciennement Valle de los Caídos) pendant la dictature franquiste.

 

 

 

Nous apprenons aujourd’hui que le Jury du festival documentaire Alcances a décerné le premier prix au film “Atlas de la desaparición“, qui nous a laissées sans voix…

Marie Le Bihan, membre de MERE-29 et de l’ABJ Cádiz-Brest

Maryvonne Caro, membre de MERE-29 et déléguée de l’ABJ Cádiz-Brest

 

Liens:

La Casa de la Memoria en français